__Fifi-Larna édit.de la Trincade______________________ La page personnelle d'André Fizames__________________

VOUS  PROPOSE : ...................................... Une page  d'histoire
 

  CAZELLES  ET  GARIOTTES

TERMINOLOGIE :
Gariotte : On appelle plutôt ainsi  les  guérites  aménagées dans les murs ou les cayrous  ( tas de pierres ). Ce sont de simples abris individuels.
Cazelles : Toute construction à pierre sèche ( c'est-à-dire sans mortier d'aucune sorte ni argile ) de petite dimension, et couverte également en pierre. De plan généralement  rond, à couverture généralement en coupole encorbellée.
Cabane : C'est le terme générique le plus approprié, utilisé par les quercynois eux-mêmes et par les textes anciens.

DATATION :
Les cabanes lotoises, comme les bories de Provence ou les cabanes périgourdines, sont toutes des constructions du XIX° siècle ( premier tiers ). Les cabanes  antérieures  à  la  Révolution  sont  extrêmement  rares.
Cette période a vu la démographie lotoise atteindre son maximum, ce qui a entraîné une forte activité de défrichement et donc d'épierrement.

ORIGINE :
Les cabanes à pierre sèche sont constituées d'une voûte encorbellée, elle-même recouverte par des lauzes. Le principe de l'encorbellement consiste à poser les pierres à plat, par assises régulières,avec un surplomb vers l'intérieur à chaque assise : aucun  coffrage ni cintre n'était nécessaire, et ce pour des surfaces de formes variées ( plan carré, rond, etc...)
La technique de construction de la  voûte encorbellée à sec est très ancienne.Toutefois l'archéologie préhistorique ne décèle pas de cabane  à pierre sèche en Quercy mais plutôt  des constructions en bois, matériaux   végétaux et  torchis.

USAGES :
Il s'agissait  d'abris  pour  le  matériel  agricole ( outils, provisions de la journée...) sur des parcelles éloignées. On s'y abritait de l'orage ou de  la canicule.On y       mettait à l'abri l'agneau nouveau-né, la brebis malade,un peu de fourrage, une provision de bois....Certaines cabanes ont été  habitées au moment de forte expansion démographique ( 1810- 1840 ) et parfois dotées de cheminées, voire de fenêtres.
( D'après " Quercy-Recherche " ; articles de Jean-Luc Obereiner )

Le terme générique qui englobe à priori les abris ou petites constructions à pierre sèche est celui de cabane. Il offre un triple avantage :d'abord il s'agit d'un vocable occitan bien attesté, avec par exempleles cabanons provençaux, les cabanes pyrénéennes,les chabanas du Périgord ; ensuite il est courant dans la langue française ; et enfin c'est   celui que l'on trouve le plus fréquemment dans les textes  anciens ou dans la bouche des paysans, tout au moins lorsque ces derniers  n'ont pas adopté le langage des villes ! En Quercy il est utilisé dès le XV° siècle (cabana) et il semble s'appliquer plutôt aux causses méridionaux, au sud de la rivière Lot (Lassure 1977 ). Qu'en est-il maintenant des gariottes et des cazelles ?
On remarquera d'abord que c'est le terme de " gariotte " qui a séduit l'ensemble du " grand public", c'est-à-dire les résidents secondaires et les touristes, tous influencés par les textes des guides, des brochures, des dépliants, des cartespostales. La plupart des Lotois ont suivi, dans tous les milieux qui ont perdu le vécu paysan. A. Cayla, dans ses ouvrages d'érudit local,utilise  systématiquement ce terme, alors même qu'il  montre des  cazelles et ne propose dans tous ses ouvrages qu'une seule et unique gariotte.Le terme  " cazelle "  est bien moins  usité. Certains le déforment curieusement  en " gazelle ", qui est parfaitement  infondé.
Pour comprendre, il faut  revenir à  la  typologie générale des constructions à pierre sèche, et c'est une histoire qui commence avec.... l'agriculture.
Issue de l'épierrement deschamps après les labours, la pierre n'est pas recherchée  en tant que telle, comme matériau. Elle constitue plutôt un déblai important qu'il convient d'éliminer. Le mode présent que nous utilisons  ici est celui, bien sûr, du XIX° siècle,cette période d'intense activité rurale, entre 1830 et 1880,qui voit se généraliser  l'usage  nouveau de charrues véritables; contrairement aux antiques araires qui égratignaient le sol, qui le scarifiaient, ces charrues à soc et versoir  vont  plus  profond, détachent les couches superficielles de calcaire altéré et en ramènent à la surface les blocs plus ou moins volumineux.Le déblai est abondant et lourd. Il est donc exclu de le transporter  au loin. Il va rester aux bords des champs, sous deux  formes : les décharges en  vrac, en tas, en cayrous, et les murettes....
...D'autre part, la vie paysanne, si elle est faite de cultures et de labours, possède une forte composante d'élevage. Petit et gros cheptel sont présents sur toute ferme, de la vache à la brebis, en passant par la chèvre,l'oie, le dindon et quelques autres. Il faut les nourrir en les menant sur diverses  pièces de terre de l'exploitation, selon un parcours varié et une rotation  subtile, établis en fonction des étapes du travail agricole, des saisons, de la nature des animaux, de leur âge,etc. Ce parcours  fin et ces séjours très dosés sur de multiples parcelles exigent un gardiennage permanent assuré par les enfants,les adolescents, ou les vieux. Or, qui dit garder dit s'exposer de longues heures au soleil parfois excessif, à la pluie éventuelle,au vent mauvais, toutes choses supportables si l'on travaille, mais peu  compatibles  avec l'inactivité.
A ce point il devient tout à fait éclairant de réaliser que le même mot de garde, utilisé à la campagne et à l'armée, entraîne  l'usage d'un autre mot identique, lié au même besoin d'abri sommaire, celui de guérite. ( gariotte )
Les gariottes-guerites seront donc  ces abris individuels étroits et dépourvus d'huisserie des  bergers de toutes sortes. Et comme il faut rester sur ou en bordure de parcelles,là où sont murettes et cayrous, eh bien ce sera dans  l'épaisseur de ces derniers qu'elles seront aménagées.....
Qu'en est-il maintenant des cazelles ? Ici aussi l'étymologie est transparente, même pour le non-spécialiste : la case dont cazelle est un diminutif, est un terme connu de tous, dérivé directement du latin casa où il signifiait cabane, chaumière ( F. Gaffiot )
Une cazelle est donc bien une construction à part entière : non plus un vide aménagé dans un volume de pierre comme la gariotte, mais un espace abrité créé grâce à des murs et à un couvrement. Construction  véritable, et donc dotée d'une porte, là où la gariotte n'avait qu'une ouverture, une porte étant une ouverture dotée d'un  vantail  mobile et verrouillable  qui autorise une fermeture.
Bien entendu, à partir du moment où l'on distingue deux types de construction à pierres èche parfaitement différenciés on peut s'attendre à des constructions que l'on qualifiera soit d'atypiques, soit d'intermédiaires. Et de fait on trouve : des gariottes agrandies, où l'espace est plus important, mais encore englobées dans un cayrou ; des gariottes " tournantes ",  où, sitôt après l'entrée le volume se développe  par  un coude à  90°  vers la gauche ou la droite ; des cabanes de petite dimensions sans porte, à simple ouverture, étroitement  dépendantes  d'une murette   mais dont le volume propre émerge de cette dernière ; des cazelles de très petites dimensions, certes indépendantes cette fois de tout cayrou ou  murette mais non  encore dotées de portes.
( D'après " Quercy-Recherche " ; articles de Jean-Luc Obereiner )

Pour voir encore quelques cazelles ou gariottes :     Cliquer  ici  --- et aussi :     ici



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